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Connaissez-vous la Zoom Fatigue ?

Un article de Jean-Pierre Briefer



 Une affection neuro-bio-psycho-comportementale et professionnelle
(adapté de : A Neuropsychological Exploration of Zoom Fatigue par Jena Lee, MD)
  
Définition
 
La Zoom Fatigue est une forme de fatigue ou de burnout lié à l’usage prolongé des plateformes de communication.
Peut-être l’avez-vous ressentie suite à une vidéoconférence ou lors d’une réunion où vous avez utilisé l’une ou l’autre plateforme de communication comme Zoom. La Zoom Fatigue est largement répandue et en même temps très nouvelle. Pour comprendre cette nouvelle affection, qui peut affecter potentiellement plus de 300 millions de participants de Zoom chaque jour, des experts dans des sciences aussi diverses que les sciences acoustiques, les sciences managériales et les sciences sociales ont contribué à leur exploration.
 
 
Population
 
Toutes les personnes qui sont amenées à travailler sur la durée en télétravail ou qui suivent des formations, des cours par internet, les étudiants, les enseignants sont potentiellement candidats à souffrir de Zoom Fatigue.
 
 
Symptômes
 
Les signes de cette affection sont proches des symptômes du burnout. Il peut s’agir de :
troubles physiques comme la fatigue, les maux de tête, les maux de dos. 
troubles psychologiques comme des angoisses, de la dépression, des troubles du sommeil 
troubles comportementaux comme la prise de nourriture en excès, une recherche ou une aggravation des dépendances à la nicotine, caféine, alcool ou autres drogues. 
Un des signes classiques du burnout, l’agressivité, peut aussi être présent. On peut aussi observer des troubles de dépersonnalisation et une perte de motivation.
 
Si on regarde la situation par la lorgnette d’un employeur, on peut observer que la productivité est fortement diminuée même si la personne continue à passer de nombreuses heures devant son écran. Il peut y avoir des oublis et des erreurs plus fréquents.
 
 
Origine
 
Les problèmes audios ont été accusés d’être les principaux responsables de cette fatigue. En effet les délais de quelques millisecondes entre chacune des réponses auditives et nos demandes affectent très négativement nos perceptions interpersonnelles. En réalité les causes sont certainement multifactorielles et les difficultés économiques, le stress et les risques de chômage liés au Covid aggravent aussi probablement cette zoom fatigue. 
 
Quelle est l’explication psychologique de la Zoom fatigue ? 
 
Le composant de base de la fatigue psychologique est le sentiment subjectif de manque de récompense par rapport aux coûts investis.
Le lien entre cette attente de récompense et la fatigue vient de l’activation ou non des voies dopaminergiques dans le cerveau et les structures associées à la récompense (par exemple le striatum ventral, le cortex antérieur cingulaire, l’amygdale). L’activation de ces structures augmente notre attention subjective, notre énergie et notre motivation et nous protège de la fatigue.
Les interactions sociales sont typiquement associées à nos circuits de récompenses comme l’ocytocine, l’hormone associée aux relations sociales. 
La forme que prend ces relations sociales semble être importante. Par exemple, des IRM fonctionnels révèlent que les interactions face-à-face favorisent plus l’activation des régions du cerveau associées à la récompense que les interactions sur Internet. 
 
Les délais audios, inhérents à la technologie, sont associés avec plus de perceptions négatives et plus de méfiance entre les gens. Il y a une diminution probable du sentiment de récompense et de plaisir lorsque des personnes sont en vidéoconférence. 
 
Un autre exemple est le regard mutuel direct.  De nombreuses études ont démontré que le contact visuel améliore la connexion, permet des réponses plus rapides et une meilleure mémorisation des visages. Il facilite également la confiance et l’attractivité.
Ces facteurs, qui permettent de ressentir un sentiment de récompense dans les interactions sociales, ne sont pas présents lors d’une vidéo. Lors d’une interaction par vidéo, le regard sur la vidéo devrait être dirigé vers la caméra pour apparaître comme faisant un contact oculaire avec l’interlocuteur ce qui n’est presque jamais le cas. Pendant une vidéoconférence à trois ou plusieurs personnes nous n’observons presque jamais de regards mutuels entre deux personnes.
 
Une grande partie de la communication est inconsciente et non verbale. Des signaux sociaux comme le toucher, la posture du corps, les micromouvements du visage sont rapidement évalués comme des contenus émotionnels. Ces signaux non verbaux sont non seulement utiles pour acquérir de l’information sur les autres mais aussi directement utilisés pour préparer notre réponse adaptative dans une fraction de milliseconde. Sur les vidéos la plupart de ces signaux sont difficiles à visualiser puisque nous n’échangeons pas dans le même environnement et les expressions faciales subtiles, les gestes du corps peuvent être difficiles à observer. Sans l’aide de ces signaux inconscients sur lesquels nous nous basons depuis notre enfance pour nous évaluer socio émotionnellement les uns les autres et pour créer des liens, nous devons faire des efforts compensatoires cognitifs et émotionnels.
Ces efforts se rajoutent aux difficultés liées à l’attention extrême exigée par l’environnement multitâche de la maison, à notre image renvoyée en miroir par l’écran etc... En parlant simplement les vidéo conférences procurent moins de gratifications pour un coût plus élevé.
 
Ces constatations posées, que faire ensuite ?
 
La première chose est d’en parler. Le fait d’en parler peut aider beaucoup de personnes à mettre des mots sur leur mal-être, à moins se sentir coupables de craquer au bout de quelques jours, quelques semaines ou quelques mois de télétravail : des milliers ou peut-être des millions d’autres personnes ressentent la même chose que moi.
 
La deuxième chose est de chercher des alternatives lorsque c’est possible : le téléphone peut en être une, le mail aussi et pourquoi pas l’écrit. Même s’il n’y a pas d’interaction visuelle avec ces moyens de communication, ils ont au moins l’avantage d’être moins « multitâches ». On peut aussi, lorsque c’est possible, autoriser ou favoriser une partie du travail en présentiel.
 
La troisième chose est de trouver des moyens d’adaptation : une amélioration des liaisons et des outils techniques, une amélioration des conditions de confort, des pauses suffisantes, des interactions entre les participants, des moments de sport. Les enseignants, les professeurs universitaires, les formateurs ont accès à des cours tout à fait nouveaux d’enseignement à distance. Ces cours pourraient être adaptés aussi au milieu des entreprises.
 
Finalement, il peut y avoir aussi une adaptation possible des êtres humains, une plasticité du cerveau qu’il ne faut cependant pas surestimer ! 
 
Conclusion
 
La Zoom Fatigue est une affection décrite depuis peu et une des nombreuses retombées négatives de l’épidémie de Covid-19. Elle est certainement très répandue, elle peut toucher toutes les tranches d’âge et être multifactorielle. Elle mérite d’être plus connue dans le milieu médical aussi bien que dans le milieu de l’enseignement et des entreprises car il existe une prévention et des traitements. Cette prévention et ces traitements  passent aussi bien par des progrès techniques, par des formations nouvelles ou par des aménagements des conditions de travail.