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La forêt



La forêt
©2007 Pascale Chevrolat


Cela se passait dans des temps immémoriaux, était-ce bien avant l’apparition de l’Homme sur terre ou après, je ne me souviens plus…
C’était dans une vallée, au-delà des déserts, par-delà les montagnes, bien après avoir quitté la dernière mer, que tu connais bien.
Dans cette vallée, par ailleurs bordée de torrents impétueux, il y avait une forêt où poussaient des conifères. Je ne sais pas si tu connais les conifères, mais ce sont des arbres, tous pareils, qui portent des aiguilles, et qui se tiennent droits, car ils n’aiment pas qu’on les dérange, tu le sais bien ! Il s’agit de leur survie.

Bref, ces conifères-là, en plus d’être immobiles, possédaient la même couleur de vert uniforme, assez terne il faut bien le dire. Cette forêt était silencieuse, car forcément, aucun oiseau ne pouvait y construire son nid : on ne construit pas un nid sur des aiguilles de conifère, n’est ce pas ?

Au milieu de cette forêt, se trouvait un arbuste ; on se demande encore aujourd’hui comment il est arrivé là, mais peut-être, toi tu le sais? Toujours est-il qu’il était là, luttant pour s’enraciner, et pour laisser passer son feuillage, des feuilles souples et douces à la fois, d’un vert lumineux, là-haut vers les cimes, là où brille le soleil.

Il se sentait seul, mais surtout il craignait d’être rejeté par tous ces conifères qui le menaçaient par leur immobilisme paralysant. Il ne savait pas vraiment comment il devait se comporter. Petit à  petit, il commença à perdre ses feuilles, ses branches s’affaissèrent.
C’est alors qu’une épidémie s’abattit sur la forêt. On ne sait pas d’où elle venait, si c’était les vents du sud, tu sais, ceux qui viennent justement de par-delà les montagnes, après les déserts ; d’ailleurs, qui le sait ?

Tous les conifères tombèrent les uns après les autres, car ils ne savaient pas s’adapter.
Tous ? On raconte que dans un rayon de quelques mètres, ou bien était-ce quelques centaines de mètres, ou quelques kilomètres, je te laisse apprécier la distance, autour du petit arbuste, les conifères agitèrent leurs aiguilles dans le vent, et progressivement, ils se changèrent en petites feuilles souples et douces, de ce vert lumineux si caractéristique.
Plus tard, ce fut une nouvelle forêt qui apparut à la place de l’ancienne, entièrement composée d’arbustes, dont les branches, tendues vers le ciel, se croisaient et s’entrecroisaient par endroit pour former comme des petits nids. Tous les arbustes grandirent ensemble, branche contre branche, souples pour courber sous le vent, unis et se soutenant les uns les autres dans un but commun.

Petit à petit, des dizaines, puis des centaines et enfin des milliers d’oiseaux vinrent habiter la forêt qui se remplit alors de leur chant clair et mélodieux. On ne sait pas comment la forêt évolua, ni ce que devint cette vallée qui se trouvait je ne sais où, toujours est-il que son histoire s’est transmise, de génération en génération, et elle le sera encore longtemps, peut être même après le passage de l’Homme sur terre, et je sais que tu seras un des maillons de cette transmission. Mais là, je te fais confiance pour le faire à ta manière…

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