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Le fils



Le fils

© 2001 Philippe Lepreux

Il était une fois, d’une île au ciel d’azur et terre brûlée, une bouteille fut jetée à la mer. Elle cachait au fond d’elle un rayon de lumière. Mais l’océan ne l’accueillit pas et l’emporta d’Abysses en Dédales, chahuté presque cassé… Le rivage le recueillit.
Une fée qui passait par-là, vit une étrange lueur s’échapper d’un objet rond et lisse, échoué au creux du sable. Elle s’approcha. Elle tenta de lire à qui était destiné l’objet naufragé. Impossible, l’écriture faite de signes et de formules était d’une autre contrée. Elle prit auprès de son cœur cette lampe étrange et mystérieuse. Elle l’aimait déjà.
La fée ouvrit la bouteille de cristal. Son bonheur fut ébloui. Pourtant la petite flamme s’échappa de cette rencontre parce qu’elle n’avait pas oublié son serment. Elle devait apporter un message au pays de Bientôt, au grand mage feuillu. Son chemin était tracé. La petite flamme courue, se faufila très vite hors du domaine de la fée, pourtant si belle… Juste pour surfer encore sur la vague, avant de prendre le chemin. Reprendre le chemin.
Tout à coup elle vacilla d’effroi … un grain qu’elle ne connaissait pas s’approchait, riant très fort ;
-  Ha ha !! On n’échappe pas au regard du monstre !
- Qu’est ce donc se demanda-elle, tremblante, car en sa mémoire une légende racontait … Trop tard !
Elle reconnu la grande patte velue du minautore qui la saisit et la jeta dans son labyrinthe.
- Ho ! Bof ! Je trouverai l’issue ! Fanfaronnait-elle, vaillante. Pourtant après de longs séjours de quête elle du reconnaître au sol … son sillon.
Elle avait tourné en rond.
-  N’ai-je donc pas une formule magique ? Toutes les lampes ont du génie ! Alors ? J’écoute ! Nulle formule ne résonnait. Je crains m’éteindre ici.. Et mon destinataire ne connaîtra jamais son message. Ses pensées tournoyaient dans le noir … quand tout à coup une étoile filante vint, tel un éclair, à son pied.
- Oh ! Fil d’Ariane, est ce bien toi ? Dis-moi.
- Oui, debout suis-moi – il ne faut laisser aucune trace.
Le grand air du soir indiquera à la petite flamme les espaces rêvés.
Elle n’avait parcouru que quelques flambées fofolles, qu’un tonnerre la fit hoqueter ! ?
- Croyais-tu tromper ma vigilance, lampe de foire ? Tu brûles mon territoire ! Nous savons que sous ton déguisement de second rôle, tu caches un secret !
- Un message précieux, répliqua la petite flamme.
Un effrayant ricanement l’assourdit.
- Tu n’accompliras ici plus aucun méfait. Et puisque tu refuses de rompre le secret … ha ha ha ! Je t’y plonge !
Aussitôt une énorme cage de béton s’abattit sur ses épaules.
- De toutes façons, si son intelligence est à la mesure de sa renommée, tu pourras t’en échapper ! Ce dont je doute ! Ha ha ha !
L’haleine de cette horrible chose disparut … Des jours, des lunes et des matins sans fin s’égrainèrent.
- Je n’ai bientôt plus de feu … Pourquoi me jette-t-on dans cette cave sinistre ? J’ai froid ! Génie, secoue-toi ! Réveille-toi ! Qui d’autre pourrait venir à mon secours ?
- Tu m’as appelé ? Je suis le seul qui puisse te déchaîner – Le veux-tu ?
- Certes ! Certes !!
Petite flamme se sentit tressaillir. De grands chocs se firent entendre, puis des fissures écartèrent les murs.
- Vas t-en donc ! Souffla un énorme marteau. Prend la clé des champs.
- Merci, ô merci, ô marteau !
- Ne t’approche pas de si près. Je ne tiens pas à être embrasé. Ouste !
Petite flamme courut, courut sur l’herbe et s’endormit.
A son réveil elle fut prise de torpeur ; des piquets reliés par des fils de fer … l’entouraient.
- Je suis déjà capturée ? Mais qui donc cherche tant à contrarier mon désir ?
- Nous l’ignorons répondit le chef des piquets. Nous, on obéit aux ordres. Et nous sommes autour de toi pour te garder. Nous, nous n’avons rien personnellement contre toi ! Nous te ferons la captivité douce. Et si tu t’élèves, tu peux admirer les monts d’alentour, le ciel, les chemins… évade-toi par la pensée…
Petite flamme pensa qu’oui c’est mieux ici que chez le minautore, mieux qu’au secret en cellule. Oui, si là est mon destin d’être sans cesse précédée de pièges … cet endroit est presque conciliant. Oui mais ce n’était pas là son désir, ni sa mission. Elle mâcha et remâcha ses pensées, négociait dent pour dent. Rien à faire les piquets ne concédaient que quelques câblées, mais non de s’extraire.
Elle brûla l’herbe de peine.
-Comment s ‘en aller ? Je n’ai point de jambes, seulement des idées fumeuses.
- Moi, j’ai de longues pattes dit une voix hennissante. Viens sur ma croupe à la lune rousse.
Sitôt dit sitôt fait. Et la petite flamme barra le cheval ardent qui s’élança sur la voûte de l’arc-en-ciel. Libre, enfin libre !
- Oh merci cheval, merci ! La lampe ne put réprimer son élan. Sa reconnaissance fût si vive, que depuis ce Grand Soir au pays piqueté, un cheval de feu vole…
Au pied d’un arbre la lampe fut déposée.
- Viens, chuchota le tronc, entre en moi. C’est par-là ton chemin, car je suis le mage feuillu.
- Un nouveau piège. Je parie… soupira la petite flamme
- Je t’enseignerai la stabilisation, toi qui n’as point de jambes ni de pieds, tu seras ma sève !

Séduite et rassurée, petite flamme parcourue les veines de l’arbre, du tronc aux feuilles, jouant les lucioles et feux follets.
L’arbre devint si grand qu’il toucha l’astre roi. Petite flamme fut émerveillée – que c’est beau !
- Enfin te voici, lui dit le soleil. Je t’attendais. Je t’attendais depuis si longtemps… Je devenais vieux…
- Mais, je te connais depuis toujours, dit petite flamme, perplexe. Pourquoi tous ces gouffres jusqu’à Toi ? Serais-tu …ma Mission ?
- Oui, je suis ta Quête et ta Mission. Tu devais parcourir le monde parce que tu es lumière. Cependant tu devras trouver encore la question. La question qui fera de toi non seulement mon fils, mais aussi mon égal.
- Encore ! Ha-la-la ! Que vais-je devenir ? Comment vais-je survivre à toutes ces énigmes ? Comment vais-je VIVRE ?
- Ah ! Voici la question qui te couronne  Solaire. Tu es arrivé au centre ! Là où il n’y a ni début ni fin. Là où la compétition n’existe pas. Où le dernier et le premier se rejoignent ! Tu es soleil ! Vas, cours, danse et chante. Accueille les moissons d’amour, l’alliance de la mer et du sable, ta fée … Vas, vole sur la voie d’ellipse enseigner à la création, jusqu’à son intime cellule, la vie et le FEU SACRE.
Resplendis ! Et quand l’age te chagrinera, tu jetteras une de tes petites flammes à la mer, comme je le fis.