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Le plus court chemin pour aller vers votre patient...



Le plus court chemin pour aller vers votre patient …passe par sa métaphore

© Auteurs Jean-Pierre Briefer, médecin-généraliste FMH, hypnothérapeute
Article paru dans le journal CH Hypnose, Vol X, No 2/2000

Résumé

L’auteur propose une approche souple et certainement simplifiée de « l’art de la métaphore » pour en favoriser l’utilisation dans la consultation ou dans l’hypnose conversationnelle. La métaphore est une technique à la fois puissante et respectueuse du patient. La notion d’ « utilisation » est un des apports les plus importants du Dr Milton H.Erickson à la thérapie hypnotique et à la psychothérapie en général. En utilisant « l’utilisation de la métaphore du patient », vous pouvez éviter bien des détours inutiles.

Introduction

Nous utilisons tous la métaphore :

Comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, nous utilisons tous la métaphore en consultation, et nos patients tout autant. Lorsque M.X dit qu’il a un « étau sur la poitrine » et une « lame de couteau dans le creux de l’estomac » ou que vous dites à Mme Z que vous allez lui faire une piqûre pour « débloquer son genou », vous parlez, vous et lui, par métaphores.

Vous savez parfaitement bien qu’une piqûre ne « débloque » pas un genou. Mais cette image permettra peut-être à Mme Z. de comprendre très rapidement le but de votre injection…si elle accepte votre métaphore ! Par contre si cette métaphore ne correspond pas à sa vision de son genou et de sa maladie, il y a fort à parier qu’elle demandera d’autres explications, à moins qu’elle refuse catégoriquement et à votre grand étonnement cette injection qui aurait pu la soulager efficacement.

Il en est de même en hypnose. Si vous suggérez à votre patient la métaphore d’un « agneau calme et docile » et que pour lui le mot « calme » est synonyme de « mort » et qu’en plus il ait peut-être assisté à des sacrifices rituels d’agneaux…, il est peu probable que vous obteniez ce que vous souhaitez !

La conclusion logique de ces premiers exemples est que la méthode la plus efficace d’utiliser la métaphore est de reprendre la métaphore du patient.

Comment mettre à jour la métaphore de son problème par le patient ?

Il s’agit donc dans un premier temps de mettre à jour la représentation la plus précise possible qu’a le patient de sa maladie ou de son problème. Et pour le savoir…il faut le lui demander :

1. On peut lui poser des questions simples comme :

 

Comment comprenez-vous l’apparition de votre maladie ?
Comment vous représentez-vous l’action du médicament X sur votre maladie ?…etc
Comment s’est installée en vous cette phobie(dépression…) ?…etc

2. L’autre méthode, c’est de l’écouter attentivement parler de son affection et de reprendre fidèlement les mêmes images que lui, même si elles ne correspondent pas toujours aux représentations scientifiques ou diagnostiques que vous avez :

« C’est un coup de poignard dans le dos chaque fois que je me penche… »
« Ce sont des fourmis qui remontent le long de ma jambe lorsque je dors… »
« C’est un cadeau empoisonné que ma transmis ma mère… »
« C’est un nuage noir dans lequel je m’enfonce… »
« Ma tête va exploser »…etc.

Et si le patient n’a pas de représentations ?

Vous pouvez bien sûr l’aider à en créer une.

1. Dans les cas de dépendances (alcool, tabac, nourriture etc…) le patient est souvent ambivalent dans son désir d’arrêt. C’est logique, car sinon il n’aurait sûrement pas besoin de consulter ! Vous pouvez donc sans grand risque d’erreur lui proposer de se faire une représentation de la partie de lui-même qui souhaite arrêter de fumer(boire…) et une de la partie de lui-même qui souhaite continuer :

« Pouvez-vous maintenant les placer, par exemple, une à droite et une à gauche de vous-mêmes et vous adresser à tour de rôle à chacune d’elles ? »
« Et pouvez-vous maintenant écouter « les bonnes raisons » qu’ont chacune d’elle ? »

Vous apprendrez ainsi que la « partie pro-cigarettes » est par exemple pour M.T. un « clown bien droit, à sa droite, qui le regarde en le narguant tout en fumant avec délectation une cigarette » alors que la partie qui veut arrêter est un « vieux chien, cinq mètres derrière, qui traîne la patte et n’a plus envie de vivre » ou pour Mme U. que la partie « pro-cigarettes » est une « amie fidèle depuis plus de 15 ans qu’elle a beaucoup de peine à se résoudre à perdre ». Avouez que c’est assez surprenant ! Nous sommes bien loin des métaphores utilisées pour les campagnes anti-tabac où la cigarette est plutôt représentée par un dangereux poison sournois…

Une fois que vous connaissez la métaphore de la dépendance pour votre patient, vous pouvez bien plus facilement lui proposer une aide efficace. Et vous pourrez par exemple lui conseiller un traitement antidépresseur, ou un accompagnement sur un travail « de deuil » …etc, selon les circonstances.

Dans le cas de M.T.., vous pourrez, par exemple lui demander : « Et qu’est ce qu’aurait besoin le vieux chien pour mieux se faire entendre ? »…« Il en a peut-être marre de subir la fumée toxique du clown » …etc.

2. Pour les affections autres que la dépendance, on ne retrouve pas aussi nettement l’ambivalence vis-à-vis de la guérison, bien qu’elle puisse aussi exister à cause de bénéfices secondaires parfois importants. La technique de mise en évidence de la métaphore du patient sera donc différente. Vous pouvez par exemple lui demander comment il représenterait sa maladie :

« Est-ce que ce serait un objet, un animal, un personnage… ? »
« Et pouvez-vous le placer sur cette table (cet écran)en face de vous ? »

Là, de nouveau, les réponses peuvent être assez surprenantes :

« Ma sclérose en plaques, c’est comme une boule de métal enchaînée dans une cour de prison … »
« Ma hernie discale, c’est comme une montagne de sel qui comprime le nerf… »
« Mes verrues sont des grottes qu’il faut vider… »
« Ma colère, c’est une panthère en cage… »

A partir de cette métaphore, vous pouvez bien plus facilement et plus efficacement proposer à votre patient une stratégie de guérison, ou d’acceptation selon les cas. Il suffit la plupart du temps de reprendre la métaphore du patient pour lui expliquer à quel niveau vous allez agir avec le médicament, avec la thérapie, ou avec le scalpel… selon les cas.

Lorsque le patient est bien en contact avec sa métaphore, il est très facile d’enchaîner avec un travail d’hypnose puisque la plupart du temps, il est déjà… en état d’hypnose. Vous pouvez lui demander, par exemple, de prendre contact avec cette panthère en cage…de communiquer avec elle…par la voix… ou par le regard…ou par tout autre méthode qui lui paraîtra adéquate…et de lui demander ce qu’elle souhaite …pour lui…quelle est son intention ? …

Ou proposer au deuxième patient « de trouver la solution adéquate qui permettra à la montagne de sel de se dissoudre lentement pour libérer le nerf… »

Il est parfois nécessaire de corriger la représentation qu’a le patient de sa maladie. Mais ne le faites que si celle-ci est trop limitative ! La correction doit être la plus limitée possible et en vérifiant chaque fois l’acceptation du patient. L’idéal serait que le patient adapte lui même sa métaphore à l’évolution de sa maladie et de la compréhension qu’il en a. C’est ce qui est arrivé, par exemple, à M.T. qui a finalement transformé son « vieux chien fatigué » en un personnage « bienveillant mais très autoritaire ».

En résumé :

La métaphore, au sens large, est utilisée en thérapie aussi bien que dans la vie courante régulièrement. Nous l’utilisons tous de manière plus ou moins efficace dans notre consultation et en hypnose.

Il existe une méthode presque infaillible de réussir vos métaphores et de vous faire comprendre de votre patient, c’est de reprendre sa propre métaphore de sa maladie ou de son problème, et vous verrez que cela peut vite devenir un jeu passionnant.

Auteur :

Dr J-P. Briefer, médecin généraliste FMH
E-mail: jpbriefer@iprolink.ch

Bibliographie

D. Gordon, Therapeutic Metaphors, ED Meta Publications, 1978.

Michel Kerouac, La métaphore thérapeutique et ses contes (études éricksoniennes), Ed MKR.

J. C. Mills et R. J : Métaphores thérapeutiques pour enfants, Ed. Desclée de Brouwer.