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L'étang aux lotus



L’étang aux lotus

© 1999 Sabine Chassot Leiglon

Pouvez-vous imaginer ce pays où le soleil est brûlant et où vivent ces magnifiques libellules. L’une d’elle, née sous un arc-en-ciel, se parrait de couleurs merveilleuses. Ses amis l’appelaient « Libelle ». Ses ailes, grandes et agiles, l’avaient déjà transportée dans bien des aventures.

Un jour, Libelle vola au-dessus d’un étang magnifique. Un de ces étangs où l’eau y est fraîche et accueillante. Elle s’y est arrêtée un instant et rapidement en est tombée amoureuse. Alors, elle lui a parlé doucement, en battant des ailes et eu son doux clapot en réponse.

L’Etang, ravi d’avoir à ses côtés une si belle créature, faite de finesse et d’apparente fragilité, s’est alors habillé de milles reflets. Libelle, qui aime créer et construire de belles choses, proposa à l’étang de faire pousser ensemble des fleurs de lotus. L’étang, tout content de pouvoir lui proposer sa belle eau verte et sa terre fertile, accepta sans délais.

Libelle alla à la marre voisine échanger de beaux iris d’eau contre quelques graines de lotus. De retour vers son ami l’Etang, elle s’appliqua à déposer les graines sur le fond avec la plus grande délicatesse. Et ils attendirent, ensemble…

Un jour, devinez quoi… une petite feuille de lotus fit surface. Elle s’ouvrit largement préparant  un petit plateau vert pour accueillir une fleur. Et puis une seconde arriva, puis une troisième et ce fut l’apparition d’un magnifique petit jardin vert posé sur l’eau.

Libelle, toute fière de voir la vie arriver ainsi, s’en alla voleter à des lieues pour annoncer l’arrivée très proche de magnifiques fleurs de lotus.

Pendant ce temps, « Vol » le flamand rose, fort intéressé par de si belles cultures, arriva à tir d’ailes. Arrivé sur les bords de l’étang, il entra dans l’eau avec ses longues pattes fines et délicates. Le fond de vase lui donnant une assise fort agréable, il put s’avancer jusqu’aux premières feuilles sans peine. Il avançait tranquillement, sans même déplacer les feuilles de lotus, tellement ses pattes étaient fines. Il se régala des bourgeons de lotus, nectar fort apprécié de ces échassiers.

De retour vers son ami l’étang, Libelle rencontra Vol, le flamand rose qui se promenait tranquillement dans l’eau fraîche. Intéressée à faire de nouvelles connaissances, elle se présenta et Vol en fit de même. Au coucher du soleil, Vol, devenu son copain, partit et promit de revenir chaque jour.

Libelle continua pendant des jours et des jours à mettre la même énergie à faire pousser ses fleurs, mais rien ne venait…. Les feuilles s’épanouissaient, mais il n’y avait toujours aucune fleur. Désespérée, elle parla autour d’elle de son malheur et elle appris que le « secret des fleurs » était caché sous certains cailloux. Elle se mit donc en devoir de retourner tous les cailloux bordant l’étang, espérant ainsi y trouver « le » secret.

Chaque jour, son copain Vol revint, comme promis, tenir compagnie à Libelle…. et aux bourgeons de lotus ! Mais Libelle occupée par le travail harrassant de « retournage » de cailloux ne voyait pas son ami grignoter.

Au fil des jours, la saison chaude s’annonçait. Libelle voyait son ami l’étang s’assécher peu à peu et par-là même, les feuilles de lotus manquer d’eau pour se reposer. Libelle se senti inutile et dépourvue face à ce qui leur arrivait. Son ami l’Etang faisait tout ce qu’il pouvait pour garder en vie les dernières feuilles de lotus, mais la tâche était bientôt au-dessus de ses forces.

Libelle avait besoin d’être entourée pendant ce long moment où son ami l’Etang agonisait, mais Vol, n’était plus revenu depuis quelques jours. Ca lui aurait fait du bien de lui parler, mais elle se disait qu’il ne pouvait sûrement plus venir se poser vers l’étang, le sol étant beaucoup trop chaud pour ses si fines pattes. Il avait sûrement pris une bonne décision, mais elle se sentait bien seule.

Assise sur un de ces cailloux qui cache de multiples secrets, Libelle faisait peine à voir. Epuisée, fatiguée, elle regardait mourir son ami, l’Etang.

A deux pas de là, « Canadair » le coléoptère travaillait ardemment à humidifier les plantes qui l’avaient appelé à l’aide. C’était réellement l’urgence, mais comme c’était son métier il avait l’habitude et travaillait sans relâche. En faisant demi-tour, il aperçut Libelle au loin.
Il s’approcha d’elle et lui dit : « Eh ! toi… la gamine… b’soin d’ qu’lque chose ? »
Libelle aurait eu besoin de tant de chose et surtout de la pluie. Mais elle se demandait comment  cet être, décidément dénué de toute finesse, pouvait lui venir en aide en faisant venir la pluie. Elle lui dit quand même en relevant tout doucement la tête : « C’est la pluie qu’il me faudrait…. mais merci de votre offre ».
« Eh ! ben … gamine… on peut dire que t’a touché pile ! ! ! C’est mon métier : je suis Canadair le coléoptère… t’as qu’à demander ! »
« Vous pouvez faire venir la pluie … mais les cailloux ne me l’ont pas dit ? »
« Sav’ plein d’choses… mais sav’ rien faire tes cailloux. Moi, j’m’y mets… et c’est prêt ! »
« Alors faites venir la pluie et l’Etang sera sauvé »
« Marché conclu…gamine…dans deux lunes  ça sera fait ». Et il partit.

Libelle n’y croyait pas, mais elle était si épuisée qu’elle ne put qu’attendre. Et tout d’un coup, un grondement effrayant se fit entendre dans le ciel. La lumière baissait… l’orage allait-il arriver ?

Et bien non, c’était Canadair, avec toute sa colonie qui , tous chargés d’eau, arrivait vers l’Etang. Après avoir versé le premier chargement d’eau ils repartirent tous à tir d’aile pour revenir à nouveau, chargé d’eau. Durant toute la nuit les va-et-vient n’arrêtaient pas et l’Etang retrouvait une nouvelle jeunesse.

Au lever du deuxième jour, Canadair s’assis à côté de Libelle et lui dit :
« Di-don… ben belle culture… gamine ! mais c’est quoi ? »
« des lotus, Monsieur Canadair, mais ceux-ci ne font pas de fleur »
« Ah ça, ma p’tite c’est tant mieux… paraît que les bourgeons ça attire les grands oiseaux roses. Et pi eux, y se gênent pas… y bouffent tout, et y labourent les fonds avec leurs grandes tiges pleines de doigts…Ch’te di pas le boulot terrassier derrière ! ! ! » « Mais t’inquiète pas…gamine… si tu dis qu’y a rien à ‘becter’…viendra point ! »

C’est alors qu’il s’envola et laissa Libelle seule, toute songeuse, assise sur son caillou qui sait tant de chose.